• Jacques Heurtier

Éloge de la sérendipité…

Mis à jour : mai 15

C’était l’hiver. Le crépuscule se présentait vers 17H00. Le ciel était bas, nuageux. Cela donnait une triste impression : on eût dit que l’on était enveloppé d’un air sale et poisseux.

Les résidents de l’EHPAD étaient aussi gris que le temps. Ils ne se hâtaient guère de rejoindre le salon.

Dans la salle de réunion, une partie de l’équipe de jour en compagnie de l’IDEC écoutait le formateur.

« La sérendipité est un mot curieux et pas très sympathique » disait-il. « Christophe Colomb était parti chercher la route des Indes et il a trouvé le continent américain. Il a donc fait une découverte importante mais inattendue, n’est-ce pas ? »

Il avait pris l’habitude de terminer ses phrases par ces mini-questions. Cela permettait de maintenir l’attention des participants.

La salle acquiesça : que faire d’autre ?

« L’idée, c’est qu’en cherchant des moyens pour une organisation plus fluide, il est possible que, comme Christophe Colomb, nous découvrions d’autres chemins… non ? »

« Peut-être » dit l’IDEC. Elle était circonspecte. Elle aimait aller d’un point A à un point B. Elle aimait les méthodes, l’organisation. Elle détestait le flou, les idées bizarres…

« Peut-être même est-ce déjà arrivé, dans cette équipe, non ? » Il savait que cela s’était très probablement déjà produit…

L’équipe restait silencieuse. Il poursuivit :

« Votre dernier projet, lié à l’animation, ne vous a pas révélé de surprises ? »

« Ah si, c’est vrai » répondit Clotilde. « J’étais partie pour proposer une activité peinture sur soie car j’en fais à mes heures perdues… Et puis, l’animatrice m’a fait découvrir les ateliers de lecture…et ça m’a semblé mieux correspondre… »

« Oui, pareil pour moi avec le macramé… » rajouta Bernadette. « Nous nous sommes rendues compte que ce n’est pas parce que nous étions douées pour une activité qu’elle conviendrait mieux aux résidents… »

« Oui, et du coup, on fait des ateliers de stimulations et ça marche super bien… »

« Donc vous vous êtes dit que ce n’est pas parce que vous aviez une compétence dans un domaine que ce serait un plus pour vos résidents, c’est bien cela ? »

Le groupe approuva. L’IDEC notait. Finalement ce n’était pas idiot...De toute manière, nous n’avions pas été formées à ces sujets à l’école d’infirmière…

« Et comment faites-vous vivre cet atelier lecture ? » demanda-t-il.

« Oh c’est très simple, pendant la toilette je dis une phrase deux fois mais la deuxième fois, j’oublie un mot et je dis bip-bip à la place…En général tous les résidents trouvent… » dit Clotilde.

« Et si ils ne trouvent pas ? »

« Alors je leur propose 2 mots, dont le bon. Par exemple si le mot à trouver était sandwich je leur dis : c’était artichaut ou sandwich ? »

« Et lorsqu’ils sont très désorientés ? »

« Oh, je fais comme si, je dis Et oui, c’était bien le mot sandwich… et après j’agrémente… » reprit Clotilde. Elle était très satisfaite de ces petits jeux de langage. Cela avait eu un peu de mal à se mettre en place mais désormais tout le monde voulait jouer au jeu de Clotilde. « Vous agrémentez ? »

« Oui, je leur demande un autre mot qui commence par la lettre S et pour certains je leur en propose 2 et leur demande lequel commence par le S… »

« Oh oui, Clotilde est devenue une star chez les résidents. Du coup, nous on cherche d’autres trucs marrants pour qu’ils ne se lassent pas. Pendant les pauses, on note des mots, des questions farfelues… » dit Bernadette.

C’est vrai, pensa l’IDEC, ce projet d’animation avait eu un but inattendu : il avait établi une complicité plus grande entre les filles et surtout entre les soignantes et les résidents. Et plus important encore, tout le monde s’était rendu compte que chaque résident, quel que soit son état, pouvait participer. Il n’y avait jamais de perdant.

« Vous savez que dans certains établissements, les équipes font une fois par mois un petit-déjeuner créatif, avec croissants bien sûr, et cherchent des idées et des trucs drôles pour les stimuler et les remettre de bonne humeur si nécessaire… Qu’en pensez-vous ? »

Tout le monde se tourna vers l’IDEC.

Son opinion était faite : « C’est une excellente idée… On va voir comment on peut le faire. Moi j’apporte les croissants et vous vous apportez les idées. On marche comme ça ? »

La réunion se termina sur cette note conviviale et ce qui était dit fût fait. La sérendipité est finalement l’art de trouver le bien-être en équipe alors que l’on cherche autre chose… pensa l’IDEC. Et c’est bien ainsi.

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