• Jacques Heurtier

Liberté en cliniques neuropsychiatriques

Mis à jour : mai 15

Leila allait se spécialiser en psychiatrie. Elle effectuait son premier stage dans une clinique géronto-psychiatrique.

Après 2 jours passés en compagnie de l’équipe, sans faire de commentaires, elle devait passer un entretien avec la directrice des soins.


Martine, la Directrice des soins était une femme pragmatique, soucieuse à la fois que les stagiaires aient un parcours satisfaisant.

Et puis cela pouvait constituer un vivier de talents futurs.


Leila avait assisté aux entrées d’une patiente la veille. Discrètement, son collègue infirmier avait subtilisé le téléphone portable, le chargeur de la patiente et son déodorant.

« Tu comprends, » lui avait-il dit « cela peut présenter des risques…Nous les stockons dans cette salle… »


Leila était surprise, elle avait suivi des cours sur le droit des patients. Si elle comprenait bien la procédure, elle était un peu surprise que celle-ci ne soit pas énoncée au patient et que l’on n’obtienne pas son consentement et que l’on ne lui demande pas de formaliser son accord par la signature d’un document…

Elle n’avait rien dit…Elle était là pour observer…


Dans la soirée, la famille de la patiente avait appelé pour demander si tout se passait bien car la personne était injoignable.

L’infirmier avait répondu : « Oui, son appareil était déchargé et nous l’avons mis en charge. Elle pourra le récupérer demain… »


Elle avait été également surprise que l’on ouvre le bagage de la patiente, que tout soit posé sur le lit, y compris ses sous-vêtements avec un commentaire lapidaire : « j’espère que l’on ne va pas trouver de médicaments… »…


A l’école d’infirmière, le prof de droit insistait beaucoup sur les droits qui étaient autant de respect et de bienveillance envers les patients et ajoutait toujours « qu’ils soient puissants ou misérables ».


Elle avait assisté aux transmissions et en gardait une étrange impression : des papotages sur la vie des uns et des autres, des jugements à l’emporte-pièce et un psychiatre étrangement silencieux, comme non concerné.

Là encore, on lui avait enseigné que les médecins étaient aussi des managers, des leaders capables de conduire la réunion, d’amener chaque membre de l’équipe à comprendre et savoir réagir.


Elle venait de saisir qu’il ne peut y avoir de bienveillance quand il y a trop de méfiance.

La courtoisie, pensa-t-elle, est nécessaire mais insuffisante.

Elle venait de saisir à quel point les patients manquaient profondément d’amour et d’estime.

Elle venait de saisir que les équipes se protégeaient avant tout et décompensaient en aimant les plus aimables des patients.


Certes l’établissement fonctionnait plutôt bien, la liberté d’aller et venir produisait parfois un joyeux tohu-bohu.

Les pathologies étaient lourdes mais comment aurait-il pu en être autrement en gérontopsy ?

La restauration était de qualité et abondante. L’ambiance au restaurant était bonne.

De multiples activités étaient proposées et la plupart des patients s’y rendaient avec plaisir.


Non, ce qui heurtait sa sensibilité c’était que les personnels s’étaient enfermés en eux-mêmes, courtois mais absents, usant de mauvaises habitudes sans plus s’en rendre compte.

« Une accumulation de micro-inéquités… » avait dit leur prof de socio…

Prendre en charge ces patients conduisait-il à la résignation ?


Martine, la directrice des soins, connaissait les doutes et interrogations des stagiaires. Leila semblait une bonne recrue.

« Ce n’est pas un monde parfait, n’est-ce pas ? » lui dit-elle.

« Pas vraiment, non… » répondit Leila.

« On peut l’accepter sans se résigner, c’est la meilleure des positions » lui dit alors Martine.

Leila acquiesça : c’était la bonne formule : accepter sans se résigner…


Elle le savait, désormais elle ferait ce job….

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