• Jacques Heurtier

Médiation animale… (réflexions)

Mis à jour : mai 15

Lucie arriva dans l’EHPAD avec ses 2 chiens, Bob et Bill. Lucie aimait les chiens depuis toujours. Ses parents étaient éleveurs et elle-même possédait 5 petits chiens. Elle avait suivi un stage de médiation animale avant de tenter l’expérience dans l’EHPAD. « La passion des animaux est une excellente chose mais la pratique de la médiation animale en est une autre, » avait dit la formatrice. « Les deux doivent se compléter et non s’opposer. »

Elle avait donc choisi 2 petits chiens au tempérament différent. Elle avait pris des molossoïdes : ce sont des chiens doux, sportifs sans être remuants et très affectueux. Bob était très sociable et allait volontiers vers les gens. « Le chien soumis et sociable, qui éprouve spontanément du plaisir à aller vers les êtres humains convient très bien aux patients plutôt agressifs et aux patients qui déambulent,… » avait dit la formatrice.

Elle allait donc le présenter en premier lieu à M. T. Il serait un compagnon fidèle pour ses promenades dans le jardin de l’EHPAD. C’est lui qui prendra l’initiative et M. T devrait le suivre. Elle s’était mise d’accord avec Brigitte, l’aide-soignante pour qu’elle n’accompagne pas M. T dans le jardin. Elle garderait un œil sur lui pour les promenades depuis la baie vitre du salon.

« Le chien réservé est celui pour lequel il faut faire des efforts. Il faut gagner son amitié. Et il ne suffirait pas de le gratifier d’un biscuit. Il convient très bien aux patients anxieux. Généralement la plupart des résidents sont heureux d’avoir pu gagner sa confiance. On a rien sans rien… » avait dit la formatrice.

Elle avait donc choisi une résidente plutôt solitaire, qui ne participait pas aux activités et passait le plus clair de son temps dans sa chambre. Avec son accord, elle allait les laisser seuls avec pour seule consigne de ne rien lui donner à manger. On verrait bien…

« Avant de démarrer vos ateliers « TOUTOUS » faites la promo auprès des résidents » avait dit la formatrice. « Ils doivent les connaître et…les aimer. »

Quelques mois plus tard, tout l’EHPAD connaissait Bob et Bill. Ils étaient devenus les « animateurs-adjoints» de Lucie. Pour les parcours de marche avec l’ergo, c’était Bob qui montrait le chemin. A droite le long de la bande rouge, puis à gauche de la chaise, puis passer dans le cerceau à plat sur le sol… Cela n’avait pas été long avec Bob : il était très obéissant. Bien sûr, il montrait le trajet à chaque résident et, pour le remercier, chaque résident lui donnait une petite friandise apportée par Lucie. Ensuite, il fallait lui lancer la balle qu’il rapportait. A l’atelier bricolage, les résidents avaient fabriqué des chapeaux pointus pour Bob et Bill sur lesquels ils avaient appliqué des sticks de couleur. On avait fait des photos… Puis quelques résidentes avaient commencé des manteaux en assemblant des petits bouts de tissus…

Bill aidait aux ateliers mémoire : il aboyait chaque fois que la réponse était bonne. Quand il n’aboyait pas Lucie orientait les résidents vers la bonne réponse pour ne pas vexer Bill.

Lucie ne laissait jamais sortir Bob et Bill ensemble dans le jardin avec les résidents : en effet ils auraient été tentés de jouer ensemble…

Il fallut six mois pour avoir une vision plus précise du rôle de Bob et Bill dans l’EHPAD et de l’aide qu’ils pouvaient apporter à tous. Les chiens avaient pris leurs repères. Ils allaient proposer leur affection, surtout Bob, à tout le monde et semblaient adorer cela. Pour Bill, il fallait encore et toujours et ce, chaque jour, gagner sa confiance. Les résidents s’y étaient habitués. Ils lui parlaient, le flattaient, lui faisaient des signes et cela finissait toujours par marcher. Il venait aussi parfois le matin accompagner les aides-soignantes pendant les toilettes. Tout le monde trouvait toujours quelque chose à dire. Le personnel savait que Bob et Bill étaient au service des résidents et ne tentaient jamais de communiquer avec eux, sauf nécessité.

Lucie alla alors présenter les résultats au médecin coordonnateur. Bien sûr, rien de révolutionnaire mais un net apaisement au crépuscule, une nette amélioration de certaines toilettes et quasiment tous les résidents finissaient par « sortir » le chien dans le jardin.

Il allait être temps de rédiger le projet… Ne vous pressez pas pour le PVI avait dit l’animatrice. N’y mettez pas vos désirs mais seulement l’intérêt que vous aurez constaté et partagé avec vos collègues. Le PVI rend compte, ce n’est pas un résumé de bonnes intentions. Ne déterminez pas à priori des critères d’évaluation : des surprises peuvent se produire. Des animaux bien adaptés peuvent trouver une bonne place dans les TNM (Thérapies non médicamenteuses) mais c’est à vous de la trouver en observant ou écoutant vos résidents.

« Ensuite, bien sûr ces comptes-rendus, clairs, brefs, bien argumenté,… » avait dit le médecin coordonnateur. « Nous avons des comptes à rendre… »

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