• Jacques Heurtier

Maltraitance institutionnelle : le sophiste et le témoin

Mis à jour : mai 15

Cette saynète peut être interprétée par 2 professionnels en réunion. Elle est une autre manière de réfléchir sur des sujets difficiles comme celui-ci. Si la bientraitance est une pratique normée dans ses buts, son évaluation, ce qui relève de l’intime ne saurait être traité de manière institutionnelle… Après lecture, les textes sont remis aux participants. Un groupe étudiera les arguments de S, l’autre ceux de T, le 3e les interactions.

2 personnages : le Témoin (T) et le sophiste (S)

« Tu comprends, nos conditions de travail ne nous permettent pas d’être bientraitants… » dit le témoin.

« Veux-tu dire que si de bonnes conditions de travail étaient réunies, ce phénomène disparaîtrait ? » dit le sophiste.

« Probablement… » répond le témoin.

S : « Probablement n’est pas une certitude, n’est-ce pas ? »

T : « Non, après, cela dépend des individus… »

S : « Tu veux donc dire que la maltraitance n’est pas seulement une question d’organisation du travail mais aussi de conduites individuelles ? »

T : « Oui… »

S : « Lorsque les professionnels évoquent le sujet de la maltraitance institutionnelle, la principale cause qu’ils évoquent est le manque de temps n’est-ce pas ? »

T : « Ah oui, c’est sûr… »

S : « Es-tu d’accord avec moi pour dire que nous avons chacun une perception propre du temps ? »

T : « Que veux-tu dire ? »

S : « Que les vacances sont toujours trop courtes et que la file d’attente au supermarché est toujours trop longue, lorsque l’on a le sentiment de manquer de temps, non ? »

T : « Oui, mais cela me semble être la même chose pour tout le monde… »

S : « Ah, tu n’as jamais observé dans les files d’attentes des personnes qui semblent irritées et d’autres sereines ? »

T : « Si, peut-être… »

S : « Donc on peut en déduire que la perception du temps dans une file d’attente varie en fonction des personnes, non ? »

T : « Oui, mais où veux-tu en venir ? »

S : « A ceci : si cette attente apparaissait comme un bon moment pour tous et non comme des minutes volées, la perception du temps immédiat serait un bénéfice pour chacun, non ? »

T : « Oui, je vois où tu veux en venir : les personnels soignants devraient courir après le chronomètre avec un sourire béat ? »

S : « Tu me prêtes des intentions bien noires…Es-tu d’accord avec moi pour dire que la principale souffrance est dans cette sensation de ne pas maîtriser le temps pour mener à bien notre mission ? »

T : « Si je te comprends bien, la souffrance viendrait d’avantage de la manière dont nous percevons le temps que du manque réel de temps ? »

S : « Oui, je le crois. Toutefois cela ne règle pas les problèmes. Cela invite chacun à réfléchir sur sa propre acceptation de la situation… »

T : « Tu penses donc que l’on pourrait souffrir moins de cette situation, tu penses donc que l’interruption des tâches, fréquentes dans nos établissements, pourraient être vues comme des inconvénients mais pas comme un drame ? »

S : « Je pense que l’on devrait chacun s’interroger : dramatisons-nous des successions d’événements inattendus car nous souffrons que les tâches ne se déroulent pas selon la planification établie ? Et que cela nous donne un sentiment d’impuissance dans la conduite de nos actions ? »

T : « Peut-être… »

S : « Prenons un exemple concret : quelques minutes après une toilette, un événement indésirable se produit, et il faut tout recommencer. Cela n’était pas planifié. Cela génère un stress important chez le soignant qui instantanément a peur de ne pas pouvoir tenir le planning…n’est-ce pas ? Cela lui « vole » 15 minutes… »

T : « Oui, bien sûr, on marche au chrono… »

S : « Oui, ce que je veux te dire, c’est que ce genre d’événements est somme toute assez courant mais que, à chaque fois, c’est la peur de ne pas être dans les horaires qui revient, avec la même intensité… »

T : « Tu veux donc dire que nous devrions, plutôt que de nous précipiter instinctivement dans le stress, nous dire que c’est un événement mineur, que nous en connaissons régulièrement et que nous sommes capables d’y faire face, c’est cela ? »

S : « Je pense que cela ne ferait pas gagner de temps mais que l’on économiserait de la souffrance… »

T : « Donc tu établis un lien direct avec notre douleur et la maltraitance institutionnelle ? »

S : « Je dis que niveau de stress élevé et bienveillance ne sont pas compatibles…Que l’on peut y réfléchir…que l’organisation du travail est un des facteurs mais que nous avons en nous des ressources qui nous permettent de nous adapter … »

T : « Nous adapter sans nous résigner, sans nous soumettre car tel serait le choix intérieur que nous avons fait…Cela n’impliquerait pas de ne pas réfléchir collectivement sur la meilleure manière de s’organiser pour gérer les contraintes… »

S : « C’est un futur possible : il dépend de chacun de nous individuellement et de la manière dont, en équipe, l’on saura se renforcer, créer ce lien de sollicitude et de solidarité que nous avons acté, comme un fil invisible qui nous relie… »

T : « Ah, nous sommes passés de la douleur au sacré…Mais est-ce donc possible ? »

S : « Nous le pouvons tous, nous avons tous ces qualités en nous, c’est même ce qui explique le choix de notre métier…Un philosophe dirait d’ouvrir en nous la porte de la sagesse et que chacun s’efforcerait de la laisser ouverte pour lui et autrui… »

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