• Jacques Heurtier

Témoignages de Roger et d’Hortense

Mis à jour : mai 15

« Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis »… écrivait François VILLON le « grand corps malade » de la fin du Moyen Âge. J’ai appris cette poésie par cœur, enfant, à la fin des années 30, juste avant… vous savez quoi. Si la fin de mon enfance fût difficile, mes débuts de jeune adulte furent exaltants. J’ai envie de dire que j’ai eu une vie d’adulte réussie sur quasiment tous les plans. Je pensais même que Mon Général avait tort de comparer la vieillesse à un naufrage. Et puis c’est arrivé : insidieusement, par à-coups. Des pièces usées : tendons, articulations… des organes fatigués, les viscères mais aussi les yeux, l’ouïe… A ce moment-là, l’optimisme m’a abandonné…

Et c’est là le plus terrible : toutes vos certitudes sur vous-même s’écroulent. Des autres, vous ne voyez plus que la pitié, la condescendance, l’agacement ou pire… cette espèce de gentillesse qui vous humilie jusqu’à l’âme. Vous n’êtes plus qu’un truc dont il faut s’occuper et même vos colères n’effraient personne.

Vous êtes étonné que je veuille partir ? Vous pensez que je suis ingrat ? Je n’ai pas ma place chez vous, je n’ai pas de fonction. Je suis un agent économique « non consentant »…

Pourquoi n’aurai-je pas ce dernier droit : votre EHPAD m’offrirait 48H00 de bonheur médicamenteux puis je m’en irai, apaisé.

Une fin planifiée par moi avec des acteurs autour, payés pour pleurer ou chanter.

Mais je déraisonne… N’est-ce pas ?

REPONSE D’HORTENSE

Je t’ai reconnu Roger.

A cause de cette si grande tristesse… Baisser les bras, je n’y songe même pas. Oui certaines choses sont plus difficiles… et alors ?

Mes 30 dernières années sont de loin les plus belles de ma vie. La vieillesse est plus qu’un accomplissement : c’est LA SOLUTION. Cela commence tôt, vers 60 ans Cette distance entre soi et ses émotions, c’est le saint-graal : nous atteignons sans l’avoir désiré, le statut d’adulte « universel ».

Notre expérience rajoute de la luminosité à ce que nous ressentons.

Bien sûr, nous pouvons parfois vivre les relations avec les « plus jeunes » comme humiliantes. Mais on peut aussi se réjouir de notre propre maturité et surtout, ne pas « mal vivre » leur manière d’être avec nous.

Au fond ils nous aiment, ils cherchent en nous de la lumière et souvent ne la trouvent pas.

Et c’est parce que nous restons emmurés dans nos songes, parce que nous ne leur offrons pas ce qu’il y a de meilleur en nous, que nous leur en voudrions ? Assez Roger, cesse de te plaindre car tu as toujours le talent de te faire admirer.

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