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Spleen d’une aide-soignante

C’est la fin de la journée, de ce long samedi de 10H00. Fatima reste assise dans le salon. Enfants et mari sont partis dans un parc d’attraction pour le week-end. Elle a du temps…

Elle a été mutée à l’unité protégée depuis 4 mois. C’est difficile, très difficile. Les résidents paniquent au moment de la toilette. Surtout trois. Ils crient, s’agitent et essaient de la frapper.

Elle a du mal à s’y faire. Elle est calme, douce et ne brusque jamais rien.

Les premières semaines, une collègue venait à sa rescousse quand cela se passait trop mal. Mais ce n’est plus possible : on ne peut pas constamment déranger les collègues parce que l’on n’y arrive pas.

Elle a suivi une formation. On lui a expliqué les raisons de ces peurs. On lui a dit d’y aller en douceur.

Elle le faisait déjà…Maintenant elle comprend mieux pourquoi ils crient mais cela n’a rien changé…

Pourquoi ont-ils si peur de moi ? Pourquoi me crient-ils dessus alors que je ne veux que les aider ? Pourquoi cela se passe tous les jours ? Je n’ai rien fait de mal…

Elle y arrive moins bien que ses collègues, elle a l’impression d’être nulle. Elle a honte.

Le soir, le vacarme joyeux des enfants, le dîner à préparer lui font tout oublier.

Mais ce soir, elle est seule. Elle se sent paralysée. Et si on la renvoyait parce qu’elle est incapable ? Que dirait sa famille ? Elle les couvrirait de honte…

Clémentine s’assied à côté d’elle. C’est la psychomot. Elle est très jeune, 23 ou 24 ans. « Rude journée ? » lui dit-elle. « Oh oui,… » répond Fatima. « On se sent parfois très seule et incomprise dans ce métier, n’est-ce pas ? » « Oh oui, » dit Fatima. Elle a envie de pleurer. « On croit même que l’on ne va jamais y arriver, non ? » « Oui » soupire-t-elle. « Dès que tu rentres dans la chambre du 2B, il se met à hurler, n’est-ce-pas ? » dit la psychomot. « Oui, et ça n’arrête plus… » « Et toi, tu fais comme on t’a dit, tu avances lentement, en souriant et en disant très calmement que tu vas l’aider à sa toilette, c’est bien cela ? » « Oui, mais il ne se calme pas : en formation on m’a dit que le calme est contagieux mais pas avec lui… » « Donc tu appliques tout ce que l’on t’a dit de faire, cela ne marche pas et tu en déduis que tu es la plus nulle du monde, non ? » « Un peu oui… » « Si tu devais conseiller une jeune collègue qui te dirait que plus elle est calme et plus ils s’agitent, que lui conseillerais-tu ? » « Je ne sais pas…Je ne vais pas lui dire de se mettre en colère tout de même… » « Bien sûr que non, » dit la psychomot « mais est-ce que tu lui dirais de continuer de la même façon ? » « Non, mais je ne vois pas… »

La psychomot la coupa : « Que pourrait-elle changer tout en restant calme ? » « Euh, peut-être rester immobile, ne pas s’avancer… » répondit Fatima. « Oui, et puis, tu lui conseillerais de sourire gentiment face à quelqu’un en colère ? » « Non, c’est vrai, tu as raison. C’est peut-être ça qui les énerve encore plus… » « Peut-être, peut-être pas… » dit la psychomot… « Je pourrais aussi lui conseiller de ne pas parler tout de suite… » « Oui, ou de dire quelque chose de différent, peut-être…lui parler de sa peur, par exemple… » « Je ne vais tout de même pas lui demander pourquoi il a peur de moi… » dit alors Fatima. « Non, bien sûr, alors que pourrais-tu lui conseiller de dire sur ce sujet ?… » « Euh », réfléchit Fatima, l’autre jour je t’ai entendue dire à une résidente « vous avez l’air d’être inquiète, comment pourrais-je vous aider ? » « C’est une option. Mais elle ne garantit rien… »

Cette fois Fatima avait compris, sa tristesse et sa culpabilité l’empêchaient de réfléchir ou la poussaient à chercher une solution instantanée, magique et qui marcherait toujours…et cela ne fonctionnait pas.

Ne pas s’arrêter de penser, de chercher… C’était donc cela.

Bienveillance et patience sont nécessaires mais pas suffisantes…Chaque jour est nouveau qui nous donne la possibilité de changer en mieux sans jamais s’installer dans des routines comportementales…

Tout d’un coup elle eût faim. Il était temps de rentrer…


(Extrait du stage : Aisance relationnelle avec les patients Alzheimer)

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