• Jacques Heurtier

Haine et maltraitance en EHPAD

Mis à jour : mai 15

« AHHH…je la déteste cette Mme R. Toujours à se plaindre, à te faire des reproches, ce n’est jamais assez bien… » soupira Brigitte. « La Madame R. du 2e ? » s’enquit Régine. « Oui, cette vieille peau. Elle est méchante comme un pou, je la déteste… » « Je vois » dit Régine, « donc la toilette avec elle ça doit pas être marrant, c’est cela ? » « Oh, ne m’en parle pas. Rien que d’y penser, j’ai la haine… » « C’est vrai qu’elle n’est pas très engageante… » dit Régine. Elle poursuivit : « Elle n’a pas dû avoir une vie facile ou elle souffre, ou les 2, non, qu’en penses-tu ? » « En fait, je n’y ai jamais réfléchi… » dit Brigitte.

Il ne faut jamais couper les soignantes pensa Régine.

Elle était IDEC faisant-fonction depuis 5 ans. Cinq longues années sans titularisation… Il faut les laisser en privé dire du mal. Ensuite, la haine passée, les faire réfléchir… avait dit la formatrice

Au début, elle était montée sur ses grands chevaux. Elle disait « Vous n’avez pas honte ? » et puis elle avait compris que ce n’était pas la bonne solution. On ne peut lutter contre la maltraitance seulement avec de l’autoritarisme ou de l’indignation. Cela aussi elle l’avait appris en formation.

« Moi, » dit Régine, « quand mon grand-père est mort, ma grand-mère m’a dit que j’étais sa préférée… » Régine avait du mal à parler d’elle mais c’était nécessaire.

« En fait, tu sais, » dit-elle à Brigitte « mon grand-père rouspétait toujours après moi… Je croyais qu’il me détestait… » « Et ce n’était pas vrai ? » dit Brigitte. « Non, c’était sa façon de me dire qu’il était exigeant avec moi parce qu’il m’aimait… » Régine en avait les larmes aux yeux. « Mais je ne l’ai su qu’après sa mort. Si tu savais comme j’ai pleuré, si tu savais comme je m’en suis voulu… »

Brigitte fut à son tour bouleversée.

Elle pensa à Mme R. « Mon Dieu » dit-elle, « si ça se trouve, elle ne me déteste pas… » « Je ne sais pas » dit Régine, « on sait souvent les choses trop tard… »

« Mais qu’est-ce que tu ferais, à ma place ? » implora Brigitte.

Surtout ne jamais répondre directement, avait dit la formatrice. A chaque soignant sa solution. « Je ne sais pas » répondit Régine « qu’est-ce que tu voudrais lui dire ? » « Eh bien savoir pourquoi… » Régine coupa Brigitte.

Le pourquoi explique le malheur et le laisse dans l'impasse avait dit la formatrice. « Tu ne le sauras jamais. On ne peut pas répondre à des questions comme celle-là… » « Eh bien je ne sais pas, lui demander comment je pourrais faire pour que cela se passe mieux, non ? » « Tout à fait » dit Régine. « Et si elle te répond qu’elle ne sait pas ? » «Ah, ça, je lui dirais est-ce que vous êtes d’accord pour que nous cherchions le meilleur moyen pour réussir la toilette, non ? » Brigitte commençait à saisir comment faire, comment dire. « Absolument » dit Régine (ne dites jamais c’est bien ou c’est super, avait dit la formatrice). « Tu crois que cela peut marcher ? » demanda Brigitte. « C’est possible » répliqua Régine. « Et si cela ne marche pas, je sais que tu trouveras un autre moyen… »

« C’est comme cela que la bienveillance s’installe, pas à pas »…, avait dit la formatrice. Elle avait raison. Elle avait conclu en disant : « Tous vos efforts pourront être remis en question tous les jours : bienveillance sans constance ne produira rien de durable et vous condamnerait à l’échec… »

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