• Jacques Heurtier

Histoire de famille…

Mis à jour : mai 15

« Mais toi Sylvie, tu ne travailles pas, tu as de la place, tu pourrais la prendre, non ? » Sylvie fixa son petit frère. Elle le connaissait : il voulait se débarrasser du problème sans culpabiliser.

Elle le savait, sa mère ne pourrait plus rester longtemps au domicile à moins que de réaliser de lourds investissements architecturaux et une surveillance 24/24H00. Le coût serait abyssal d’autant qu’à 94 ans l’amortissement n’était pas gagné…C’était irréalisable.

« Non, Eric, elle a besoin d’une surveillance 24H/24 et d’un suivi médical très rigoureux. Il faudrait en plus une veilleuse de nuit et une auxiliaire de vie…Tu sais ce que cela coûterait ? » « Mais enfin toi, tu ne pourrais pas t’en occuper, nous on viendrait le week-end… » « Non, Eric, c’est impossible…Il n’y a qu’une solution : la maison de retraite… » « Mais enfin tu sais bien que ça la tuerait, elle le dit chaque fois… »

« Eric, tant que toi et moi et le reste de la famille ne serons pas convaincus que c’est la meilleure solution, en effet la pilule aura du mal à passer. Tu sais bien comment elle est maman, quand elle dit - ça me tuera – elle exagère, comme toujours… C’est à nous de la convaincre que c’est le meilleur choix, que nous ne l’abandonnons pas mais que nous avons choisi la meilleure solution… » « Mais c’est peut-être un peu tôt, non ? » reprit Eric.

Il se défile encore, il ne veut rien faire mais pas non plus assumer le « placement » car il a toujours dit à maman « qu’elle ne serait jamais placée », surtout d’ailleurs pour lui faire plaisir.

« Non Eric, c’est déjà un peu tard…Nous aurions dû en parler avant, l’envisager comme une option… » « Bon, après tout tu as peut-être raison. Mais maman n’a pas les moyens de payer, si ? » « Il faudra vendre l’appartement… » « Bon, et si ça ne suffit pas ? » dit alors Eric. « Eh bien il faudra que toi et moi nous rajoutions ce qui manque… »

Eric sentait bien que sa femme ne serait pas très contente : elle détestait depuis toujours sa belle-mère et puis elle aussi, ses parents se faisaient vieux…

Il détestait annoncer les mauvaises nouvelles, surtout à sa mère et à sa femme. Il enrobait, évitait, suggérait et puis cela finissait toujours par lui retomber dessus.

« Je peux m’en occuper, si tu veux…Je te demanderai simplement de confirmer à maman par téléphone que c’est un choix commun… » dit alors Sylvie.

« Oui, c’est une bonne idée… » Eric savait que maman finirait par se rendre à ses arguments. Il avait toujours eu une grande influence sur elle.

Il fallait désormais qu’il cherche à argumenter : le mieux pour elle, le plus sécurisé, c’était un peu court comme argument. Certes, elle serait en sécurité auprès de professionnels qui connaissaient leur boulot.

Toutefois il allait devoir se poser des questions de fond : comment l’accompagner efficacement ? Ses propres enfants voyaient ou sentaient le peu d’intérêt qu’il avait jusque-là porté à maman. Il y avait tant de choses, finalement qu’il ignorait. N’était-ce pas le moment pour elle de raconter, son enfance son adolescence, en sélectionnant les meilleurs moments. Et pour lui et sa famille ce pourrait être un beau cadeau. Avec des photos pour illustrer… et probablement des surprises… Il avait vu sur un site internet que certains établissements proposaient aux résidents d’écrire leur histoire de vie. Pourquoi ne pas faire « revivre » cette maman comme une personne et non seulement comme sa maman… Pourquoi ne pas faire revivre ses grands-parents, ses arrières grands parents avant que tout cela ne s’efface et qu’il se retrouve seul. Il pourrait ensuite faire un petit montage vidéo qui circulerait dans la famille…

« Oui, » pensa-t-il, « c’est cela qu’ils nous doivent et c’est à nous de les y aider à travers un établissement spécialisé. Un vrai bilan, un récit qu’à son tour il continuerait quand le moment serait venu. Comment conclure une vie autrement si on ne la partage pas avec ses descendants, si l’on n’a pas attaché au cœur cette mission ? Si l’on va de repas en repas, de cours de gym en cours de gym… »

Bon il était ravi : il savait que dire à maman. Peut-être n’y a-t-il rien de plus important que de fixer un but à un séjour en EHPAD, pensa-t-il…

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