• Jacques Heurtier

Jean-Paul et l’ARS

Mis à jour : mai 15

Jean-Paul était directeur d’hôpital. Il était en prise directe avec l’ARS. Il avait coutume de tenir les propos suivants : « Nous avons tous des problèmes de vue : les directions sont astigmates mais voient très bien au loin. Les équipes soignantes sont myopes mais voient très bien de près. Quant à l’ARS, elle a une bonne vue… Dommage qu’elle ne regarde pas toujours du bon côté… » C’était pour lui la bonne métaphore de sa situation et de celle de ses collègues directeurs. Bien sûr plus l’établissement était important et plus l’astigmatisme s’accroissait.

Il sentait venir les problèmes de regroupements. « S’améliorer, à moyens constants, dans le meilleur des cas… la belle affaire » soupirait-il.

Il aurait aimé apporter des verres correcteurs aux équipes : voyant à la fois de près et de loin, elles auraient pu lui transmettre des éléments utiles. Lui, n’arrivait pas vraiment à voir de près. C’était le premier problème. Le second c’était la menace sur les moyens et là, lui non plus ne voyait pas assez loin. Les trois partenaires poursuivaient des chemins différents et avaient du mal à s’accorder. Pourquoi faire des moyens budgétaires au mieux un a priori au pire un casus belli ?

Il était tenté aussi de faire porter le chapeau à l’ARS : en fait, avec leur bonne vue, même si les moyens sont restreints, ils devraient nous demander un peu plus nos opinions…Ils devraient savoir, non pas seulement évaluer notre charge mais connaître d’avantage le prix de nos efforts. Ils devraient nous impliquer d’avantage dans les décisions nous concernant…

Ils devraient, ils devraient, ils devraient… « Ne suis-je pas en train de me transformer en Don Quichotte ? » pensa tout d’un coup Jean-Paul. «Je sens bien que nos tutelles sont mal à l’aise avec la disette budgétaire » pensa-t-il, « je sais bien qu’ils sont notés sur leurs capacités à bien gérer et pas à remplir d’humanité tous les interstices de mon établissement vidés de leur sens… Je le sens dans les salles d’attente, dans les yeux de ces patients impatients, tristes, colériques… »

« Mais comment monnayer l’humanité en nous ?... On l’a tellement mal fait dans le passé qu’il faudrait inverser la vapeur ? »

Décidément la situation n’était pas simple. Puis d’un coup, d’un seul, une petite lumière brilla dans son esprit.

« Que puis-je faire avec cela ? Comment moi-même et tous ceux qui m’entourent peuvent-ils nous aider ?… »

« Réfléchis, réfléchis » se murmura-t-il. « Tu es au service de tous ces gens : certains souffrent, d’autres non. Tes incertitudes te rendent colérique et accroissent le stress des équipes. Oublie…oublie ton indignation…tes belles formules… Tout cela doit te conduire à une amélioration. Tu le leur dois, tu te le dois… »

Jean Paul commençait à penser que ce monologue avec lui-même portait ses fruits. Il savait qu’il allait sortir de cette impasse. Il ignorait encore comment…

Il avait confiance en lui, c’était déjà ça. Il savait que cette confiance en l’avenir pouvait se transmettre et aller jusqu’aux patients par un mystérieux labyrinthe… « La confiance que l’on a en soi est le seul chemin qui mène à la confiance d’autrui » pensa-t-il. « Dommage que La Rochefoucauld soit mort depuis si longtemps, je l’aurais bien invité… »

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