• Jacques Heurtier

Les absents ont toujours raison

Mis à jour : mai 15

« Je ne sais plus quoi faire, j’essaie d’arranger tout le monde avec les plannings et personne n’est jamais content… » Catherine était au bord de la crise de nerf. Ces neuf dernières semaines, il y avait eu en moyenne 2 arrêts maladie par semaine et 1 congé maternité. Elle savait bien que la plupart des arrêts étaient justifiés. Les filles étaient fatiguées.

« En même temps, tu en as encore plus qui sont là alors qu’elles devraient peut-être s’arrêter. Regarde Germaine, 10 ans d’ancienneté, pas un seul arrêt. Tu trouves ça normal ? »

Pierrette était aussi une ancienne. Même malade, elle venait.

« Non, c’est vrai » dit Catherine. « Ton problème, » lui dit alors Pierrette, « c’est que chaque fois qu’il manque quelqu’un, tu en fais tout un drame…Si l’équipe est stressée, c’est parce que tu annonces ça comme si c’était la fin du monde… » « Oui, mais enfin c’est pas drôle »…dit Catherine. « Ecoute, on est habituées, c’est presque en permanence qu’il y a des absents, et on finit toujours par y arriver, non ? » répondit Pierrette. « Tu sais comment faisait la surveillante avant toi? »

« Non » dit Catherine. « Quand elle arrivait avec des croissants, c’était qu’il allait falloir foncer… Tout le monde le savait et demandait comment la journée allait s’organiser. Et la surveillante donnait le planning seulement après les croissants… Et c’était pareil pour les résidents, quand ils avaient une fleur à la table du petit déjeuner, ils savaient que ça allait bouger. »

« Ah » dit Catherine un peu vexée « et il y avait moins d’absents ? »

« Un peu moins, mais surtout les gens étaient habitués donc cela ne stressait personne… Et puis, » rajouta Pierrette, « il y avait les bonus : certains résidents adoraient faire la toilette vite, ils donnaient même le coup de main. Le kiné avait fait des paris chaque matin avec les résidents pour savoir qui s’en sortirait le mieux… »

« Oui, mais enfin ce n’est pas normal… » grogna Catherine.

« Rien n’est normal, pas même le temps… » Pierrette était philosophe.

Ces jeunes cadres stressaient pour un rien. Pourtant on avait sacrément progressé ces vingt dernières années. Avant quand quelqu’un refusait la toilette, on s’y mettait à 2 ou 3…

« Alors tu crois que je devrais acheter des croissants ? » demanda Catherine.

« Non, pas forcément. Trouve quelque chose qui te semble convenir à toi… »

« Oui, il faudrait déjà que j’annonce les choses plus calmement, en souriant…Oh, j’ai une idée, si on allait dans la salle Snoezelen, que l’on fasse 5 minutes de relaxation en musique puis 5 minutes où chacun masserait les mains de l’autre, enfin un truc qui rapproche tout le monde et qui fasse chaud au cœur… et avant d’y aller on ferait comme les footballeurs, on se serrerait toutes les mains en se relevant… » Ça y est Catherine commençait à retrouver des raisons d’espérer.

« Bien sûr » dit Pierrette, « pourquoi pas ? Si cela ne fonctionne pas tu trouveras autre chose…Le principal c’est que tes équipes sentent que tu fais des trucs pour elle, des efforts, que tu te soucies d’elles et pas du planning, tu comprends ? »

« Ah oui, et je pourrais faire aussi les réunions de résolution de problèmes dans la salle de relaxation, avec des thèmes : par exemple, chaque fois que l’on fait un reproche, on fait un compliment… »

« Oui, et apprendre aussi à leur faire dire que l’organisation du jour les gêne mais qu’elles s’y plient car c’est le meilleur choix pour l’équipe… Quelques règles de solidarité partagées par tous et qui reviennent chaque jour…» reprit Pierrette.

« Et avec les résidents ? »

« Franchement Catherine, tu sais aussi bien que moi que dès qu’on leur demande correctement un peu d’aide, il n’y en a jamais un qui manque à l’appel…Mais comme on ne leur demande rien, que veux-tu ? On veut réussir sans eux, c’est idiot… »

« Donc on va faire chuter l’agressivité et accroître la combativité, c’est bien cela ? »

« Exactement » dit Pierrette.

Voilà, la messe était dite.

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