• Jacques Heurtier

Les aidants sont-ils des assassins ?

Mis à jour : mai 15

« L’acceptation de situations douloureuses ne conduit pas à la résignation mais plutôt à l’adaptation et souvent diminue le sentiment de culpabilité… » Ainsi parlait le conférencier, gériatre, aux aidants réunis.

Maryse leva la main : « J’accompagne maman de mon mieux. Quand j’ai eu 7 ans, j’étais la première arrivée à la maison ce jour-là. Il y avait, et c’était rare à l’époque, une tablette de chocolat au lait dans le garde-manger. J’ai pris un carreau, puis deux, puis…j’ai mangé toute la tablette. Quand maman est rentrée avec mon petit frère, elle s’est mise très en colère… Je me sentais très honteuse et je ne sais pourquoi, une image s’est imposée dans ma tête, je voyais ma mère morte, gisant sur le carrelage, les yeux ouverts, fixant le ciel… Cette image revient très fréquemment depuis que je m’occupe d’elle. Cela voudrait-il dire que je souhaite sa mort ? »

« Cela veut dire que vous aimeriez mettre un terme à une situation pénible…L’image que l’enfant a construite ce jour-là ne traduit que sa frustration face à la honte qu’il éprouve. Vous souhaiteriez simplement que ce soit moins compliqué et en même temps vous savez que ce n’est pas possible… » répondit le gériatre.

Maryse reprit : « Donc si je vois parfois maman morte, en réalité, je ne le veux pas ? »

« C’est très probable… » répondit prudemment le gériatre. Il avait aussi connu le pire…

Maryse continua : « Et si j’en parle autour de moi, en disant que ce serait mieux pour elle qu’elle meure, est-ce que je le souhaite ou non ? »

« Je vais répondre à votre question par une autre question » dit le gériatre. « Si vous souhaitiez cambrioler votre voisine, la préviendriez-vous à l’avance ? »

Maryse se tut. Elle avait compris.

Bernard prit alors la parole. « Comme tous, ici, j’accompagne un parent âgé et j’ai besoin parfois de comprendre, de faire le point…Vous dites que l’acceptation ne conduit pas à la résignation…mais alors à quoi conduit-elle ? »

« Une part de notre mal » répondit le gériatre, « vient de ce que nous souhaiterions que le poids de la situation du parent s’allège…En même temps, nous savons que c’est impossible…Ce dilemme contribue à nous affaiblir et à tenter de décompenser à travers des conduites ou des pensées parfois irrationnelles… Accepter c’est reconnaître une fois pour toutes les limites de notre accompagnement… »

« Facile à dire … » grommela Bernard.

« Je sais » répondit le gériatre « chacun peut s’interroger. Accepter une telle situation ne vient pas d’un coup. Pensez-vous qu’il suffit d’avoir envie de conduire pour réussir son permis de conduire ? »

« Non, c’est vrai… » répondit Bernard. « Et le pire, c’est que même si l’on a le permis, cela n’empêche pas le risque d’accident, non ? »

« C’est exact » rétorqua le gériatre « la connaissance et la sagesse n’éloignent pas la souffrance… Pour autant, elles sont nécessaires… »

L’assistance était silencieuse. Tout le monde se sentait concerné. Tous avaient connu colère, honte et haine, secrètement.

L’acceptation était une des clefs mais elle n’ouvrait pas les portes du paradis. Cela, tout le monde l’avait bien compris aussi…

« Je vais conclure en vous laissant emporter chez vous cette belle phrase de Victor Hugo : Le bonheur de l’homme, ce n’est pas la liberté, c’est l’acceptation d’un devoir… »

Chacun partit en silence. Tout le monde sentait que quelque chose d’important s’était passé…

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