• Jacques Heurtier

Les erreurs fondamentales du management (reflet de nos erreurs collectives)

Mis à jour : mai 15

« Les années 80 marquent le pas. Le pays est déjà fatigué. La désillusion au travail ou ailleurs n’est qu’un symptôme. Les vieilles lunes et leurs oripeaux se sont désincarnés. La nation, pourquoi faire ? Pour dire quoi ? » soupira Régis.

Il revenait d’un long périple dans le sud du continent américain. Il y avait laissé toutes ses espérances.

« Il est nécessaire de sacraliser » lui avait dit François, « mais ici, l’on confond encore le sacré et le religieux… »

Le silence entre eux était coupé par les conversations et le brouhaha de la salle. François adorait ces nappes en papier, ces serveurs toujours pressés, leurs pantalons noirs lustrés et leurs chemises blanches en nylon qui retenaient la sueur.

Le confit était bon.

« La politique est le lieu de l’échec et de la désillusion…On multiplie les « je » en divisant les « nous ». La symbolique se putréfie. Que faire d’un peuple qui dit toujours : « Et moi, et moi, et moi » ?

François avait l’art de la formule. Régis était un peu décontenancé.

Tous deux avaient évolué fortement sur l’échiquier des idéologies et ils savaient désormais que la bourrasque des illusions du siècle dernier s’était à jamais éteinte.

Il faudra faire avec, pensèrent-ils.

« Le progrès qui n’est plus une vertu en soi, l’exigence de faire mieux vivre les générations à venir, de leur éviter les tourments, tout cela est désormais vain et finira mal… » reprit Régis.

« Oui, le travail va se raréfier, il va devenir un produit de consommation, délétère et jouissif… » conclut François.« Au XXIe siècle, les gens ne pourront plus travailler en équipe : le fardeau de leur moi les renverra dans la caverne et leurs ombres les effraieront encore et toujours… »

François posa son verre. Combien de temps ? Quelle destinée ? On me surnomme Monarque, grand bien leur fasse. Ils n’ont pas saisi que le sens du sacré c’est pour eux. Moi je m’accommode de mon moi… Comment penser avec mes contemporains ? Ils m’isolent et me réclament d’être proches…

« Le mythe du progrès va se transformer en mythe de la technologie… Mais on ne fait pas d’un moyen un mythe… Quand le comprendront-ils ? » dit Régis.

« Ils ne comprendront pas… Ils se soumettront » répondit François « leurs émerveillements se transformeront en paranoïa, je le sens déjà… »

« Est-ce donc si désespérant ? » demanda Régis.

« Non, cela flottera un peu jusqu’en 2050. De bonnes et de mauvaises micro-initiatives verront le jour, au départ dans de petits groupes de gens qui travaillent puis cela s’étendra aux autres, les allocataires de leur vie. Cela se structurera enfin vers la fin du XXIe…Nos arrière-petits-enfants saurant enfin que faire de ce « je »… ». François pensait tout haut, comme souvent.

« Le libéralisme est donc le fruit du démon et nous sommes tentés de croquer la pomme ? » murmura Régis.

« Ils redonneront du sens au monde, dans à peine plus d’un siècle, mais ce sera trop tard… » rétorqua François. « Notre inconscient collectif, à nous, les européens a tourné comme une toupie…Cinq siècles, pas plus, pas moins…Il nous faudra céder la place… »

« En attendant, par petits groupes, l’on réinventera et ré-enchantera les organisations. La conduite des hommes ne sera plus le fruit de règles mais s’inscrira dans un programme évolutif commun…Dès lors qu’il sera temporairement sacralisé, cela fonctionnera. Notre « et moi » sera notre « émoi »… mais nous serons sous la terre depuis si longtemps… » conclua Régis.

« Oui, et les démons pourront chanter : l’homme ne sera plus un loup pour l’homme, il sera son propre bourreau… » rajouta François.

Tel fut le mot de la fin.

40 ou 50 ans plus tard, ce serait toujours vrai… Et les démons continueront longtemps de chanter… Le marketing était devenu l’unique religion : créateurs d’espérances limitées, il s’était imposé comme la seule valeur. Sanctifiant, incitant jusqu’à l’absurde, il régentait désormais tous les rapports humains. Puisque l’on échangeait de tous les points du globe, on allait créer le concept de mondialisation. Oui, la nouvelle religion se fondait désormais sur les échanges économiques. On y créait son espace bonheur ou malheur, tels des narcisses inconscients.

La rencontre avec le miroir serait terrible mais l’on finirait par s’y faire. Le Dieu Marketing nous renverrait une image magnifiée. Pour les autres on leur vendrait un « anti-désespérance » adapté… Ce n’était pas la fin du monde, seulement une rotation supplémentaire.

Nous n’étions plus l’esclave d’autrui : nous étions devenus nous-mêmes autrui. Notre liberté c’était cela : un auto-esclavage volontaire, autant dénié que désiré.

Au XXIIe siècle, les démons avaient assez joué. Ils prirent une météorite et l’envoyèrent à toute force vers la planète terre. Il était temps de réinitialiser et toutes les données allaient être perdues.

Tant mieux, pensèrent-ils… Les hommes ignoraient que le monde nouveau qu’ils appelaient de leurs vœux se ferait sans eux…

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