• Jacques Heurtier

Mourir demain ?

Mis à jour : mai 15

« Tu sais quoi, en stage l’autre jour, on m’a demandé de réfléchir à ce que je ferais si je devais mourir dans les 24H00… »

After hours… Georges et Michel se retrouvent autour d’un Sauvignon.

« Ah quand même… C’était un stage sur quoi ? » « Sur la prévention du burn-out … »

« Bon… » dit Michel. « Et qu’as-tu répondu ? » « En fait au départ, ça m’a un peu heurté. Et je n’étais pas tout seul. On se demandait ce que cela venait faire dans ce thème… » « Oui, ce n’est pas anormal… » commenta Michel. « A dire vrai, je me suis vite rendu compte que si le groupe contestait, c’était pour de mauvaises raisons. Nous étions mal à l’aise pour parler de notre soi finissant… donc nous n’en avions pas très envie… finalement ce n’était ni plus ni moins que de la paresse intellectuelle…» « Ah oui, » rétorqua Michel « nous serions prêts à réfléchir en formation mais juste si c’est facile ? Enfin, je veux dire si cela ne vient pas contrer notre illusion d’éternité ? »

« Il y a de cela. Nous voulons bien apprendre mais seulement si le chemin nous apparaît cohérent, ou nous séduit… »

Georges alluma une cigarette. Cette soirée en terrasse, c’était leur moment. Petits et grands problèmes voletaient de l’un à l’autre dans l’atmosphère sucrée de cette fin d’après-midi.

« Finalement, nous l’avons fait, cette étude de cas, malgré la répugnance de notre esprit à nous imaginer disparus. Le formateur a su y faire : « Comment ferions-nous face à ce qui est le plus grave ? Cela semble un bon marqueur pour aborder des sujets somme toute moins graves… a-t-il dit. » « Ah oui, c’est vrai que cela ne saute pas aux yeux… » rajouta Michel. « Alors en fait, comme je n’y avais jamais vraiment réfléchi, j’ai d’abord commencé par éliminer… J’ai éliminé toutes ces choses absurdes, comme dire au revoir aux autres ou agir inconsidérément… Et puis il m’est resté une idée, une seule : un fauteuil, un cognac et un cigare… Méditer tranquillement, me laisser couler jusqu’au bout. Forcer la main à la sérénité. Moi, moi et moi… » « Oui, c’est bien toi…pas d’agitation, conserver la maîtrise face à une situation extrême. J’avoue que pour moi je ne sais pas. Cela t’a semblé utile ? » « Oui » avoua Georges « se confronter à cette situation, l’apprivoiser est un bon exercice de maîtrise de soi… » « Et…pas de regrets ?... » « Non aucun. Quand l’heure arrive, j’ai compris qu’il faut s’accompagner soi-même avec dignité, respect et coolitude… Le temps de réparer est passé. C’est même finalement assez cool de se dire au revoir…» « Et ça a aidé tout le monde ? » « Oui, en fait la mayonnaise a pris. Nous nous sommes tous retrouvés à modérer nos priorités, c’est-à-dire nos désirs d’en finir au plus vite, pour accepter davantage l’essentiel : le prix des vies qui s’écoulent… »

Georges porta le verre à ses lèvres. Peut-être un peu acide ce vin. « Ensuite, nous avons exploré d’autres fondamentaux : ce que nous devrions retenir de notre vie, ce qui nous a guidé dans nos actions,… bref cela nous a occupé toute la matinée… »

« Pas de jugements ? Pas d’oppositions ? » « Non, le cours était bien fait. Le formateur nous renvoyait constamment à ce qui nous unissait. C’était bien vu… » « Oui, mais est-ce que cela vous a fourni un sésame pour la suite ? » demanda Georges. « Ah oui, cela a même été notre point de perspective. Nous avions le sentiment d’être tous sur le même promontoire et d’observer le monde, notre monde, avec les mêmes yeux…Ça a été un moment important. » « Donc une pierre dans le jardin de ceux qui disent qu’en formation seul le concret, le pratico-pratique compte ? » « Ah oui, refuser de réfléchir pour apprendre, c’est dénier sa propre intelligence, que dis-je c’est insulter son surmoi… que disait Paul Valéry déjà, ah oui : un enseignement qui n’enseigne pas à se poser de questions est mauvais…» « A ta santé » dit Georges, levant son verre.

Tout était dit.

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