• Jacques Heurtier

Première journée en EHPAD

Mis à jour : mai 15

« Alors, cette première journée ? »

Virginie venait d’arriver. Elle préparait un BEP sanitaire et social et venait de commencer un stage en EHPAD.

« Au début, ça m’a fait un peu peur. Il y a beaucoup de personnes âgées dans le hall et ils ne sont pas très souriants… »

Colette savait sa fille assez introvertie. Elle avait pensé à Virginie toute la matinée. Elle savait que le premier jour de stage en maison de retraite peut être compliqué pour un adolescent.

« Tu as fait des selfies ? » « Oh, non, c’est interdit… » « Et comment ça s’est déroulé ? »

Colette sentait sa fille peu enthousiaste. Elle avait choisi sanitaire et social par défaut.

« La directrice était en rendez-vous, alors une aide-soignante m’a demandé de venir avec elle, pour l’aider. » « Et ?... » dit Colette. « On a fait 12 toilettes en 3 heures. C’est rapide. Mais Berthe m’expliquait tout. » « Et les personnes âgées ? » « Ah maman, qu’ils sont capricieux. Plus de la moitié ne voulaient pas se laver, j’ai failli prendre un coup de poing d’une dame en colère alors que je ne lui avais rien fait… » « Et vous y êtes arrivées ? » « Oui, Berthe est très autoritaire. Elle ne se laisse pas faire… Je ne pensais pas que les vieilles personnes étaient aussi désagréables… » « A ce point là ?… » dit Colette « Oui, mais Berthe m’a expliqué qu’il y avait beaucoup d’arrêts-maladie et que ça perturbait le service… En fait, on n’a pas vraiment le temps de parler avec eux… » « Tu veux y retourner demain ? » demanda Colette. Elle sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Mais les ados sont tellement mystérieux… « Je ne sais pas encore…Parce que les dames, ça va encore, mais les messieurs… » « Quoi les messieurs ? » « Eh bien ils disent des choses dégoûtantes et essaient de te toucher. Je n’aurais jamais cru cela. » « Ah bon, » dit Colette, un peu stupéfaite. « Oui, à un moment Berthe m’a laissée pour aller chercher des couches. J’étais dans la chambre avec un monsieur qui m’a demandé de lui faire des choses… » « Oh mon Dieu… » « Je ne savais plus quoi faire, maman, j’avais envie de pleurer, de partir, de le frapper… » « Tu en as parlé avec Berthe ? » « Oh, non, je n’ai pas osé…Mais après elle m’a dit : j’espère que M. machin ne t’as pas dit de saloperies, parce qu’avec lui… » « Alors j’ai dit que c’était pas grave, qu’il devait être un peu détraqué…Mais Berthe m’a dit que non. Elle a dit qu’il y en avait 3 comme lui et qu’il fallait se méfier. »

« Une bonne claque sur la main…et si ça ne suffit pas, tu sors de la chambre… Fais surtout attention de ne pas te trouver seule dans ascenseur. Mine de rien, ils sont costauds… »

« Wouaouh… » dit Colette, « c’est incroyable… » Elle était choquée car personne ne s’attendait à cela. On ne pense pas harcèlement sexuel dans une maison de retraite.

« Oui, maman, tu l’as dit. Et puis il y a aussi des dames très tristes. Elles disent qu’elles vont bientôt mourir… Ça m’a fait pleurer… » « Pauvre chérie… » Berthe m’a dit : « C’est le métier qui rentre »… Mais je crois que je n’ai pas envie de travailler avec les personnes âgées. Je crois que je préférerais la crèche… »

« Oui, je crois que tu as raison » dit Colette. « Si tu veux j’appellerai l’établissement demain… » « Merci maman, parce que Berthe m’a fait promettre de revenir… » « Et tu as promis ? » « Oui, elle m’a dit le premier jour on voit le pire, et petit à petit on découvre le meilleur…Mais quand même, c’est trop dur…Et puis il y en a qui crient, d’autres qui sont attachés, d’autre qui se promènent tous nus… Non, je ne pourrai pas. »

« Pas grave, je dirai que tu es malade… »

Virginie alla dans sa chambre et se connecta. Elle avait envie de savoir comment ça s’était passé pour les copines. Son téléphone vibra. C’était Elodie. « Alors ? » « Super journée » dit Elodie. Le matin on a fait de la gym avec les personnes âgée. Ouah, j’aurais jamais cru qu’ils soient encore aussi souples. A midi, j’ai déjeuné avec 3 dames très sympa qui m’on parlé de l’ancien temps. Il n’y avait pas de portables à l’époque. Et l’après-midi on a fait des jeux. Il y avait une dame qui oubliait tout. C’était drôle. Et toi ? »

« Non, moi, journée pourrie. Dans cette maison ils restent tous dans le hall à dormir et gémir toute la journée… Je ne veux plus y retourner… »

« Eh bien viens dans la mienne, la cadre m’a dit qu’il manquait encore une stagiaire… » « Tu crois ? » « Ouais, c’est vraiment super. Les vieux je les kiffe grave. Il y en a même un qui m’a demandé en mariage… Trop mortel… Allez viens, tu vas voir, c’est vraiment trop sympa. J’adore les vieux…» « D’accord » dit Virginie « je demande à ma mère de s’en occuper. » « Super, mon père m’accompagne, tu veux qu’on passe te chercher ? » « Oh oui, super. Je suis contente. » Virginie raccrocha, regarda son FB. Apparemment ça ne s’était pas mal passé. Les filles avaient fait plein de selfies avec les soignantes et même avec des personnes âgées. L’ambiance avait vraiment l’air géniale.

Virginie se dit alors que le problème c’était juste qu’elle était arrivée au mauvais moment…


COMMENTAIRES ANFG Si l’accueil des stagiaires est généralement bien organisé dans les établissements, ce texte met l’accent sur des sujets qui parfois peuvent être éprouvants pour de jeunes stagiaires Or savoir expliquer que parfois des choses étranges peuvent se produire est tout un art et ces « éléments de langage » sont rarement inclus dans la formation initiale des personnels soignants. Dans tous nos stages sur ces sujets, nous avons à cœur d’améliorer de « savoir-dire » des équipes, non seulement pour l’accueil des stagiaires mais aussi pour les relations avec des tiers (familles, bénévoles,…)

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