• Jacques Heurtier

Requiem pour les disparus…

Elle était partie trop tôt. Elle avait surpris tout l’EHPAD. Louise, c’était son nom, enchantait chacun avec son sourire, ses compliments. Bien sûr, il y a toujours des hauts et des bas et des souffrances indicibles.

« Pourquoi cherchent-ils toujours à savoir ? Pourquoi ne sentent-ils pas que nos secrets les terrifieraient ? Pourquoi ne voient-ils pas la limite de l’aide qu’ils nous peuvent apporter ? »

Rosy, la Psy, l’avait reçu comme un uppercut. Elle était sonnée…

« La bienveillance doit avoir ses limites, tout de même… » avait rajouté Louise.

Rosy l’avait compris. Au fond, elle le savait depuis toujours mais le rôle de bonne fée l’enchantait. Il enchantait toute l’équipe et l’on se glorifiait des bonnes relations et petits secrets des unes et des autres. Et elle laissait faire…

Des parents trop stricts, trop exigeants, jamais satisfaits ? Non, pensa Rosy, cela ne pouvait constituer l’unique réponse. C’était même probablement stupide d’accuser ses ascendants. Elle était psy. Elle se devait de répondre à ses propres troubles et interrogations.

Ils s’étaient réunis comme à chaque fois. Le débriefing après chaque deuil. Un rituel non constitué. Pas de sacré, même non-religieux… Est-ce pour cela que ça fonctionnait si mal ?

Est-ce qu’elle-même, Rosy, n’aurait pas dû assumer plus fermement son rôle de leader sur ce sujet ?

Dire sa douleur pour l’évacuer ? Dire ses regrets, ses oublis, son chagrin, était-ce donc ce qu’il convenait de faire ?

« Je vous propose que nous évoquions chacune et chacun ce qu’il restera de Louise en chacun de nous…Pour moi, c’est sûr, sa vivacité d’esprit, cette manière de nous adresser sa vérité sans fard et avec tact. Elle a su aussi me dire jusqu’où je devais aller avec elle, comment je devais respecter ses silences, ses secrets. Elle m’a enseigné que je ne devais pas chercher ou attribuer des causes à ses colères, à ses silences. Bref, elle nous a rappelé le prix de ses secrets et que notre aide était toujours subordonnée à sa volonté et non à nos désirs d’aider. Cela a été pour moi une grande leçon… »

L’équipe acquiesça, commenta et chacun apporta sa pierre à l’édifice.

Ce décès et son débrief eurent un réel impact : chacun repensa les limites de la relation d’aide. Chacun désormais agirait avec moins de présupposés affectueux, observerait et respecterait cette ligne invisible qu’est le secret, même douloureux, de chaque résident.

Nos résidents auront toujours quelque chose à nous apprendre, pour peu que nous prêtions l’oreille, conclut Rosy. Défions nous de notre bienveillance : elle peut produire le pire… Et c’était là, la meilleure leçon.

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