• Jacques Heurtier

Souffrance et innocence des soignants

Mis à jour : mai 15

« La souffrance peut être féconde en enseignements…et donner du prix à la vie

Elle peut être aussi amas de rancune et ôter toute sensibilité…

Faut-il panser sa souffrance avant que de la penser ? »

Telle fut la conclusion de l’orateur.


Brigitte assistait à un colloque sur la souffrance des soignants. Elle souhaitait constamment améliorer et affiner son point de vue sur le sujet.

Quel prix ? pensa Brigitte, celui de la douleur uniquement ?

Nous sommes payés parfois par le mépris, l’indifférence ou la compassion…Est-ce donc là ce que nous voulions ?

Nous recevons plus de haine que d’amour, nous éprouvons plus de colères que de joie…Notre métier serait donc un métier d’abnégation, non compensé par ceux qui nous emploient et ceux que nous prenons en charge ?

Comment s’aimer soi-même dans ces conditions, comment ne pas céder au terrible appel de la désespérance ?


« Notre exigence de reconnaissance est-elle futile ou indispensable ? » dit alors le second orateur.

« Eh bien elle est les deux, mais surtout le second…. »

Il répond à sa propre question, pensa-t-elle.

Bien sûr que l’exigence de reconnaissance est un droit fondamental des soignants. L’on n’avance pas assez et pas assez vite sur ce sujet…pensait-t-elle.

« La souffrance, lorsqu’elle est injustifiée se double de l’injure. Douleur morale et humiliation. Avouez qu’il y a de quoi perdre la tête… » poursuivit-il.


Il y a du vrai, pensa-t-elle.


« Quel pire crime que d’être condamné pour avoir aidé, que d’être condamné sans avoir commis de faute ? » poursuivait l’orateur.


Brigitte tressaillit : elle venait de le toucher du doigt : c’est notre innocence originelle qui rajoute de la douleur à la douleur.

Elle est donc là, l’origine : l’impossibilité de saisir un crime que l’on n’a pas commis. C’était donc pour cela que certains abandonnaient les oripeaux de l’innocence, devenaient froids et durs comme la pierre.

L’abandon était leur meilleure protection.

Mais c’était aussi le pire ennemi de leur métier : comment soigner sans compassion ?

Elle était donc là la signification du mot : « conflit de valeurs »…


« L’institution dit : vous ne devriez pas songer à cela : vous êtes des professionnels… » dit alors l’orateur. « Cela s’appelle botter en touche… »


Bon, pensa Brigitte, notre point fort est aussi notre point faible. Notre volonté d’aider nous pousse et nous affaiblit. L’équilibre entre les deux est rompu.

Oui, nous essayons de panser mais viendra un jour où il faudra penser….


Telle fut sa conclusion.

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