• Jacques Heurtier

Travailler dans l’urgence ?

Mis à jour : mai 15

Pierre était perplexe. Sur le papier, son unité gériatrique était parfaitement dotée. Au quotidien, une multitude de courts arrêts de travail semblait de façon récurrente mettre à mal cette organisation. Il remontait l’artère principale de la ville en direction de l’Hôpital. Cette journée d’automne était particulièrement ensoleillée et donnait au marché un petit air de vacances. Au stand des tomates, Bernard, avec son cabas. Eh oui arrêt maladie. Jeune cadre, cela révoltait Pierre et il partait en croisade. Le syndicat lui avait rapidement démontré qu’il y avait d’autres sources d’indignation à l’hôpital. Cette pensée le fit sourire. Il se dit ensuite qu’il était grand temps de construire une réponse de service moins stressante pour tout le monde. Sur une équipe de 24, j’ai une présence moyenne de 18. « Si j’arrivais à créer une organisation du travail spécifique plutôt que de toujours planifier par 24, ce ne serait pas du luxe… Ce serait préférable à ces longues litanies d’impuissance qui s’élèvent telles des volutes sonores jusqu’à mon bureau… » Il était tout juste à l’heure pour la réunion avec ses cadres. Il zappa le café. Finalement le problème s’exprimait simplement : comment faire à 16 ? Un feu orange s’alluma dans sa tête : « N’essaie pas de résoudre ce problème en supprimant des tâches. Pars des besoins de tes patients, additionne et divise par 16 avec 2 objectifs : une meilleure prestation et des conditions de travail plus « Zen ».

Il expliqua sa position aux cadres. Chacun avait son idée, moins de douches, supprimer tel ou tel acte, etc. Mais cela ne collait pas.

« Mon idée est mauvaise » pensa Pierre. « Je ne suis pas à la hauteur de l’enjeu. »

« On a quelques stagiaires AS qui arrivent à 9H00. On pourrait peut-être s’en servir ». Flora ne goûtait guère les brainstorming. Il lui fallait du concret. « Les filles, elles ont besoin d’aide, pas de discours… » Pierre intervint : « Les filles comme vous dites, ne seraient donc pas capables de réfléchir ? » « Euh, non, mais bon, elles travaillent toujours dans l’urgence »… « Oui, et nous aussi, au quotidien on travaille dans l’urgence et surtout dans l’incertitude… Or l’institution ne nous a pas confié des missions de réorganisation du travail chaque jour… » « Bon alors comment faire ? » Flora était excédée. Elle avait besoin de solutions maintenant. Elle avait urgemment besoin d’un futur prévu, organisé, décrit, expliqué. Le reste, pour plus tard.

Pierre sentait la détresse de Flora. Jeune cadre il aurait volé à son secours, tel le chevalier blanc. Mais aujourd’hui, il savait que sa mission incluait le fait que les cadres doivent être sereins face à l’incertitude. « Ne soyez plus une courroie de transmission du stress » lui avait dit la DRH. Il avait mis peu de temps à le comprendre et beaucoup plus de temps à l’accepter.

« Ecoutez, » dit Pierre, « faisons comme à l’accoutumée. Moi je vais rencontrer les 4 stagiaires. »


Une idée venait de germer : « et si c’étaient les stagiaires qui avaient une partie de la réponse » pensa-t-il, « et si, ensuite, les patients nous donnaient aussi des pistes, là il serait plus facile de progresser…à voir ».


Il venait d’exposer le problème aux 4 stagiaires. L’une d’elles , prénommée Andromaque, lui dit d’emblée : « Je crois que la question devrait être un élément du PVI (projet de vie individualisé) du genre comment un patient peut-il aider un soignant surchargé … »

C’était direct. Pierre ne s’interdisait rien pour la réflexion. Andromaque continuait : « On pourrait créer des jours verts, orange et rouge. Chacun connaîtrait le code et saurait que « la couleur du jour » offrira des soins particuliers… » « Ah oui, » dit Amandine, une autre stagiaire, « il y aurait les jours rapide et bien, les jours vite fait bien fait et les jours grand standing… » Tout le monde se mit à rire. Pierre se dit qu’il avait désormais de la matière. Sur le fond, évidemment cela ne manquait pas d’intérêt. Si il voulait que cette démarche se poursuive, il allait falloir trouver du contenu, il allait falloir présenter des options qui obtiennent la satisfaction de tous (syndicats compris – pensa-t-il : il préférait travailler avec eux quitte à entrer dans des conflits plutôt que de les mettre devant le fait accompli. Un bien beau projet en perspective. Que disait Einstein déjà, ah oui, « la créativité est contagieuse, faites la tourner. ».

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