• Jacques Heurtier

L’animatrice sans animation

Mis à jour : mai 15

Louise réfléchissait.


Elle avait pris ses fonctions d’animatrice depuis bientôt deux ans.

Elle avait bien trouvé ses marques : des activités tous les jours et un public plutôt fidèle et enthousiaste.


Bien sûr, cela ne représentait qu’une partie des résidents de l’EHPAD…

« Douze personnes c’est beaucoup mais il en reste soixante-huit qui ne font rien » lui avait dit sèchement le directeur.

« Je n’ai que 2 bras… » avait répondu Louise.

Mal lui en avait pris, il l’avait rembarrée : « Alors faites marcher votre tête… »


Comment pourrais-je proposer des animations à tous les résidents, c’est impossible pensait Louise.

« Vous n’avez qu’à impliquer les personnels soignants et coordonner leurs activités… » avait-il rajouté. « Et préparez-moi un projet : et 2 pages, pas plus. Avec objectifs, déroulement, qui fait quoi, etc. etc. »


Louise se résolut à appeler Corinne, une collègue qui travaillait avec des équipes soignantes.

Corinne éclata de rire.

« Eh oui, bienvenue au club… On se plaignait d’être seules dans notre coin mais, en fait, on ne connaissait pas notre bonheur… »

« Je ne sais pas comment m’y prendre » dit Louise, « tu te rends compte, le directeur veut un projet de 2 pages sur son bureau lundi… et je dois proposer de l’animation à tous les résidents… »

« Eh bien au moins, tu sais où tu vas… Tu as une idée du temps d’animation qui sera proposé à chaque résident ? »

« Euh, non, je ne sais pas : 2H00 par mois, tu crois que ça irait ? » dit Louise.

« Ah pas du tout » dit Corinne, « ce serait plutôt 2H00 par jour… »


Louise se tut d’un coup : elle venait de mesurer la distance entre animer et coordonner l’animation.

C’était comme un choc : brutal, déstabilisant,… C’était un autre monde.

Corinne entendit ce silence et cette stupéfaction.


Elle laissa passer quelques secondes supplémentaires pour que Louise s’imprègne de l’enjeu…

« Dis-moi, Louise, à ton avis, combien de temps les AS et les AMP passent-elles individuellement auprès de chaque résident chaque jour ? » demanda Corinne.

« Je dirais environ 20 mn par jour plus ou moins pour les toilettes… » répondit Louise.

« Bon, donc si pendant ces 20 mn, les équipes avaient des astuces de conversation avec les résidents pour les stimuler, cela ferait déjà 20 mn d’animation individuelle, non ? »

« Euh, oui… » dit Louise dubitative.

« Nous on a commencé comme ça. D’abord avec les résidents anxieux, ceux à qui les soignantes n’osaient même pas demander s’ils avaient bien dormi de peur d’ouvrir l’ouragan des plaintes…

Avec certains, cela s’est bien passé. Puis petit à petit, on a généralisé…On n’a pas parlé animation, juste conversations du matin…Après, nous on propose mais les résidents ont le droit de refuser… »

« Je comprends » dit Louise, « en fait il faut que je trouve des astuces qui améliorent la relation entre les résidents et les équipes pendant les soins et les toilettes… et puis aussi pendant le repas, pendant la journée…»

« Oui, et il faut aussi que tu puisses l’évaluer… »

« Comment cela ? » dit Louise

« Oui, c’est une activité : le prétexte est la conversation mais l’on doit les pousser à réfléchir, se concentrer à travers des questions amusantes…Converser, en soi, ce n’est pas de l’animation. Mais cette activité-là, si. Elle se prête donc à l’évaluation… »

« OK, on pourrait aussi en faire lorsqu’elles les emmènent au jardin, avec une sorte de scénario, c’est cela ? » dit Louise.

« Bien sûr » dit Corinne. « Tout peut être prétexte à animation mais cela ne veut pas dire que tout est animation… tu l’as bien saisi ? »

« Ah oui… » dit Louise. Cela commençait à lui plaire. Cela allait la changer de son train-train.


Le premier pas était fait : s’habituer à l’idée. Se fixer des objectifs quantitatifs puis ensuite trouver les moyens… et ne pas perdre un temps fou à expliquer le pourquoi du comment ou à s’illusionner sur les éventuelles réactions des équipes…Cela avancerait pas à pas. Parfois, on fera du sur-place, parfois on échangera des noms d’oiseaux, c’est ainsi, c’est la vie…

Coordonner l’animation c’est faire en sorte qu’avec les moyens du bord les plaisirs les plus simples soient proposés le plus souvent possible aux résidents. Et qu’ensuite on capitalise sur les point forts.

Oui, musicien et chef d’orchestre sont deux métiers différents. Elle allait passer de l’un à l’autre.

Et Corinne lui avait donné le fil conducteur. A elle maintenant de se lancer…

« Réfléchis avec lenteur mais exécute rapidement tes décisions »…

Tout était dit.

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