• Jacques Heurtier

Psy qui rit…

Mis à jour : mai 15

Vanessa gara sa Clio sur le parking de l’EHPAD. Les premiers froids arrivaient et l’on sentait l’air se contracter, devenir plus lourd, plus sec.

C’était son premier jour. Son premier CDI.

Certes, elle avait effectué des stages mais à cet instant, elle se sentait un peu démunie.

« Votre première mission, en tant que Psychologue, sera de remonter le moral des troupes. L’ambiance générale est très mauvaise et familles et ARS nous attendent au tournant.»


Elle entra dans le hall de l’établissement. Elle se demandait comment elle allait pouvoir adapter les enseignements académiques qu’elle avait reçus à cette situation.

« Génération burn-out » disaient ses profs à la Fac.


Le directeur allait la présenter à l’équipe.

En entrant dans la salle de réunion, l’atmosphère glacée la saisit promptement.

Tous les regards étaient braqués soit sur elle, soit sur le directeur. Des regards froids, distants, pleins de colère et de frustration.

« Voilà, je vous présente Vanessa, notre nouvelle Psychologue. Elle va nous aider à travailler mieux ensemble. Elle consacrera 50% de son temps à l’équipe et 50% aux résidents et familles. Vanessa c’est à vous… »

« Bonjour » dit-elle avec douceur « je suis Vanessa. Je vais avant tout essayer de comprendre votre situation… »


Le directeur la coupa brusquement en s’adressant à l’équipe : « Vous pouvez tout lui dire… »

Vanessa attendit quelques secondes et reprit : « Et comme le dit M. le Directeur, je serai disponible tous les matins pour vous recevoir si vous le souhaitez… »

Son bureau était agréable. Une grande baie vitrée donnant sur le jardin. On frappa.

« Entrez »

« Bonjour, je suis Christelle, aide-soignante du secteur protégé. Vous avez 5 minutes ? »

« Bien sûr » répondit Vanessa.

« Vous savez, vous ne verrez pas grand monde : ici les psys n’ont pas trop la cote, vous voyez ce que je veux dire ?… »

« Vous voulez dire que la plupart des membres de l’équipe ne voient pas l’intérêt de venir me parler ?… »

« Vous savez, on n’a rien contre vous. C’est juste que la psy avant vous nous faisait des leçons de morale matin, midi et soir … et répétait tout au directeur » lui dit Christelle.

« Je comprends » dit Vanessa. « Et vous-même ? »

« Oh, vous savez, dans l’unité protégée on est un peu isolés… Bon il y a beaucoup de travail et aussi beaucoup d’arrêts…On rame… »

« Quels sont les moments les plus difficiles dans la journée ? » Vanessa allait vers un terrain plus général. C’était probablement la meilleure stratégie.

« Oh en secteur protégé, ça peut arriver à tout instant… Mais vous savez, ce n’est pas le vrai problème… le problème, c’est le directeur…»

« Le directeur ? »

« Oui, il arrive sans prévenir, il nous observe, nous épie. Tenez, ce matin, avant votre arrivée, il était déjà à côté de la badgeuse… »

Entre le marteau et l’enclume pensa Vanessa. Chacun essaiera de me

prendre dans son camp.

« Et puis toujours des petites réflexions, mine de rien. Ce n’est pas un directeur, c’est un flic…»

« Oui… » dit Vanessa, invitant Christelle à poursuivre.

« Bon, c’est vrai aussi qu’il y a eu des abus. On a des collègues, parfois, qui se planquent… En fait quand j’y pense, c’est déprimant de venir travailler ici. »

« C’est seulement lié à l’attitude du directeur ? »

« Non, il y a aussi les familles… »

« Vous avez donc l’impression que tout le monde ne va pas dans le même sens ? »

En stage, Vanessa avait constaté qu’il était plus judicieux de faire parler les gens que de les abreuver d’un jargon psy.

« Eh non… » Christelle était un peu perdue. Toutes ces questions…Elle n’avait pas l’habitude.

« Généralement, quand quelqu’un arrive le matin et aperçoit le directeur à côté de la badgeuse, est-ce qu’il dit ou fait quelque chose de particulier ? » demanda Vanessa.

Elle se souvenait que le comportementalisme pouvait constituer une solution possible à ce type de problème.

« Eh, non. Nous sommes un peu gênées et ne parlons plus. »

« Vous lui dites bonjour ? »

« Oui. On n’a pas le choix, il nous dit bonjour Mesdames… »

« Il le dit en souriant ou l’air sévère ? »

« Non, il sourit. Ca nous énerve encore plus…. Pourquoi ces questions ?»

« En fait » dit Vanessa « Je me demandais comment je réagirais dans ce cas. Je crois que je lui rendrais son sourire. Je me dirais qu’il ne prend pas de plaisir particulier à être ici mais qu’il a besoin d’être rassuré. Mais excusez-moi, je ne suis pas là pour parler de moi… »


Cette technique-là, elle ne l’avait pas apprise à la Fac mais en regardant des séries TV. Elle savait que, quel que soit le scénario, les dialogues seraient des « bijoux de com ».

« Oh, c’est intéressant ce que vous dites… Vous pensez que l’on pourrait lui dire bonjour avec un grand sourire, comme cela il serait moins inquiet pour nous et donc moins sur notre dos ? »

« Vous avez envie d’essayer ? » répondit Vanessa.

« Oh, oui je vais le tenter. Rien à perdre et peut-être un grand fou-rire avec les filles.

Merci, vous êtes cool. »

« Merci à vous » répondit Vanessa « et n’oubliez jamais : vous pouvez laisser votre sourire changer les gens mais ne les laissez jamais changer votre sourire… parole de psy.»

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