• Jacques Heurtier

Pudeur dans les soins et toilettes

Mis à jour : mai 15

Catherine, cadre de santé, souhaite prendre le temps d’évoquer, par petits bouts, ce sujet avec ses équipes. Elle aimerait que chacun sache en parler et puisse exprimer son point de vue. Elle commença : « De mon point de vue, l’on passe rapidement de « banalités » sur le sujet de la pudeur à des protocoles. Selon moi, une équipe devrait savoir « faire le tour d’un sujet difficile », comme celui-ci. Chacun donnerait une bonne raison de décrire exactement ce qu’il ressent sur le sujet… »

Elle savait aussi qu’il lui serait aussi nécessaire de « zapper » les points de vue que chacun peut avoir sur son propre corps (fierté ou honte)…

« Qu’en penses-tu Martine ? »

« Je ne sais pas trop…C’est vrai que lorsque l’on fait une toilette à deux, c’est délicat, on fait souvent comme si de rien n’était… » répondit Martine.

« D’accord » dit Catherine, « mais le mot pudeur pour toi, qu’est-ce qu’il signifie ? »

« Pour moi, les personnes se retrouvent parfois quasi-nues devant nous, elles doivent parfois avoir honte de leur corps… surtout face à des soignants beaucoup plus jeunes… dont les corps sont plus enviables… »

« Donc pour toi, la pudeur c’est de faire en sorte que nos résidents ne soient plus gênés par leur nudité ? »

« Oui, je sens, même s’ils ne disent rien, que la situation a un caractère humiliant, les renvoie à une forme de laideur... »

Virginie les interrompit : « Tout de même, ils nous font confiance, nous sommes des équipes médicales, le contexte est différent… Et puis bon, parfois, on ne peut l’éviter… »

« Donc Virginie, tu penses que la question de la pudeur est liée au ressenti des résidents et qu’ils s’y habituent très vite ? »

« Oui, je pense que dans la majorité des cas, ce n’est pas très important… » rétorqua Virginie.

Virginie était une belle jeune femme, mince, élancée, sportive et qui n’éprouvait aucune honte à se trouver en petite tenue dans les vestiaires. « Cela influence-t-il son point de vue ? » pensa Catherine

Elle souhaitait que l’intelligence collective produise une vision commune sur le sujet. Elle souhaitait que le mot pudeur ait le même sens pour tous. Elle n’était pas pressée.

La bientraitance prenait un tour qui lui déplaisait : c’était d’avantage de la courtoisie, chacun s’enfermait dans des attitudes neutres et distanciées, avec un sourire de circonstances puis les comptes-rendus faisaient le reste. Si la bientraitance fabrique des équipes béni-oui-oui, alors ne nous étonnons plus du détachement progressif de chacun.

« Si je résumais, » dit Catherine, « la pudeur serait un sentiment exprimé ou non, directement ou indirectement par les résidents et qui pour certains impacteraient la relation dans le soin, pour d’autres seraient banalisés. »

Lydia prit alors la parole : « Le sujet en lui-même est tabou. Comment donc parler d’un tabou avec nos résidents ? Si on leur demande si le fait d’être dénudés devant des étrangers les gêne, ils répondent que non, que c’est notre travail…Mais je ne suis pas sûre qu’ils le pensent réellement… »

« Donc tu veux dire que chaque résident éprouve un sentiment de honte dans cette situation, que le temps ne fait rien à l’affaire et qu’il est difficile de verbaliser le sujet avec eux, c’est bien cela ? »

Virginie piqua un fard. Au fond d’elle-même elle sentait bien qu’ayant personnellement banalisé le sujet, étant fière de son corps, cela avait perturbé son jugement…Mais personne ne semblait lui en vouloir.

Catherine poursuivit : « Pour l’instant, si nous savons à quoi nous renvoie cette notion de pudeur dans les soins, nous ne savons toujours pas comment évoquer le sujet avec nos résidents, on est un peu bloqués… »

Virginie reprit la parole : « Peut-être pourrions-nous évoquer avec nos résidents, je ne sais pas encore comment le formuler, que soins et toilettes exposent les corps aux regards des professionnels, que les équipes sont conscientes de la gêne que cela peut occasionner, que la question soit posée une bonne fois pour toutes à chaque résident, même à ceux qui ne peuvent plus s’exprimer… »

« Ah, je vois… » reprit Catherine, « la pudeur deviendrait une question que chaque résident pourrait évoquer, s’il le souhaite, avec les équipes. Ils sauraient désormais que nous sommes parfois mal à l’aise car nous avons peur de les froisser, les gêner et ce serait leur liberté d’évoquer ou non ce sujet avec nous. Cela pourrait peut-être nous rapprocher, créer cette empathie qui nous manque tant parfois. Ils saisiraient aussi que nous sommes sensibles à leurs préoccupations les plus intimes… que nos visages neutres n’évoquent pas le désintérêt mais tentent de masquer notre gêne…Qu’en pensez-vous ? »

« Pourquoi pas… » dit Virginie. « Mais je ne me sens pas préparée à parler de ce sujet… »

Catherine sentait l’équipe plutôt favorable à l’idée mais plutôt hostile à échanger avec les résidents sur ce sujet…

« Ce que je vous propose dit alors Catherine, « c’est de solliciter avec le plus de tact possible les résidents… que nous partagions avec eux certaines incertitudes, des sujets que nous n’évoquons jamais et qui restent fondamentaux. Cela ne réglera pas tous nos problèmes mais peut-être cela nous rapprochera d’eux… Qu’en pensez-vous ? »

L’équipe opina du chef. Pour une fois que l’on ne nous imposait pas des procédures pour le bien des résidents, pour une fois que le cadre était prêt à s’exposer, on verrait bien…

Cela avait été plus rapide que prévu. Il semblait urgent à Catherine de développer une empathie profonde avec les résidents. « C’est le prix de la bientraitance. » pensa-t-elle « une tendance généralisée à renforcer les liens, parler de sujets « tabous » avec tact et mesure…

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