• Jacques Heurtier

Un directeur parfait ?

Mis à jour : mai 15

Pierre venait d’obtenir son premier poste de directeur dans un EHPAD privé appartenant à un grand groupe. Il avait étudié en école de commerce mais ni la finance, ni le marketing ne le tentaient.

En outre, un de ses oncles avait été directeur de maison de retraite et, dès l’âge de 10 ans, avait été pour lui un mentor bienveillant, une de ces personnes que vous aimeriez être : authentique, compréhensif, voyant loin,…

Pierre était ambitieux et savait que de multiples possibilités d’évolutions pourraient se présenter. Il avait d’abord été 6 mois adjoint d’un directeur et commençait à bien saisir l’environnement.

Ce qu’il aimait avant tout c’était à la fois l’autonomie d’un directeur de PME et également la possibilité de ressources internes pour les problèmes aigus.

Pour lui, ce secteur offrait la possibilité d’obtenir une rentabilité indispensable tout en offrant des prestations de très bonnes qualités. En outre, ce modèle de coopération public-privé lui apparaissait plutôt bien ficelé.

Il pensait qu’une des parties essentielles de ses fonctions était de créer et maintenir un lien privilégié avec chaque personne accueillie. Il était convaincu qu’un EHPAD devait apporter une valeur ajoutée importante à chacun, que l’on pouvait y vivre beaucoup mieux qu’à la maison.

Chaque jour, il prenait le temps d’un entretien informel avec un ou deux résidents.

Il s’asseyait auprès d’eux avec toujours un objectif en tête. Bonne adaptation à la vie collective, deviner des désirs ou des besoins qui pourraient être résolus soit par des outils numériques soit par des présences utiles.

Chaque nouveau résident était pour lui une énigme, une personnalité à découvrir, un lien particulier à créer, une connivence à établir.

Quelques mois seulement plus tard, chaque résident appréciait ces échanges, leur authenticité, et cette manière particulière d’échanger sur des sujets dépassant largement le cadre de l’établissement.

Des besoins, des désirs avaient émergés. Il savait bien que ses moyens humains étaient limités mais il avait aussi une grande force : savoir recruter les meilleurs bénévoles, leur "vendre" une mission parfois très courte (1H00 par semaine), les manager, les motiver voire même les coacher.

Il allait les chercher lui-même, dans des écoles, des entreprises, des administrations. Il prenait le temps de les préparer, d’ôter de leur esprit compassion, désir de surprotection et tous ces autres travers qui obèrent la qualité des relations. Il avait même vendu ces missions à des DRH qui rémunéraient leurs collaborateurs lorsqu’ils étaient détachés en EHPAD.

Il n’intervenait que très rarement sur les questions quotidiennes : c’était le job de l’IDEC et des équipes.

Petit à petit, les résidents saisissaient que leur séjour avait un but : un but qu’ils s’assignaient eux-mêmes. Petit à petit, ils saisissaient que la longévité n’était pas une malédiction mais bien une chance à saisir. Petit à petit, ils s’intéressaient au monde, à sa nouveauté, aux multiples possibilités qu’il offrait.

Le vieux Fernand qui avait fabriqué des fromages qu’il vendait sur le marché se félicitait que désormais Internet puisse permettre de les vendre dans le monde entier. Un étudiant avait réalisé avec lui un court storytelling sur l’art d’intégrer le fromage dans diverses propositions culinaires. Il avait eu 15000 vues et n’en était pas peu fier.

Pensez donc, des japonais, des américains, des russes, des chinois avaient découvert et aimé ses recettes et allaient probablement les goûter…

Et Mme Gustine, qui avait gardé un silence froid les 10 premiers rendez-vous… Il lui avait demandé si il pouvait rester quelques instants et elle n’avait rien dit. Il était donc resté là, assis, goûtant le silence, imaginant les pensées qu’elle pourrait avoir, ses obstacles à les formuler…

Sa démarche était encore trop empirique et il ne savait encore comment la formaliser. Il avait le temps. Il savait que ses supérieurs l’observaient en silence et avec attention. Il savait que les collaborateurs de l’EHPAD voyaient également cela d’un bon œil, pas seulement comme une démarche superficielle.

Et puis surtout, il gérait tout le reste (et c’était beaucoup) avec efficacité et compréhension. Il avait naturellement tendance à faire confiance et cela, c’était probablement sa principale qualité…

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